Guy PEGERE : Mort du Minéralurgiste des Lumières Gabriel JARS

Guy PEGERE : Mort du Minéralurgiste des Lumières Gabriel JARS

 

La Mission Funeste

à St-Arcons d’Allier (Haute-Loire)

du Jeune Emissaire du Roi

Inspecteur Général des Mines

Gabriel JARS

(1732 - 1769)

 

Membre de l’Académie Royale des Sciences

Membre des Arts de l’Académie Royale de Londres

 

Que son Esprit fécond survive

 au service de l’Humanité.

Au Siècle des Lumières peut on déjà parler

d’une Psychologie de l’Inventeur.


 

Pas au Panthéon

 Document Guy PEGERE de Gabriel JARS.jpg

            Son nom n’est pas au Panthéon

de la mémoire Nationale, les dictionnaires

comprenant les noms propres

des personnages des Arts et

des Techniques, ne réfèrent pas

forcément l’existence de Gabriel Jars.

Nul doute en conséquence de sa courte vie,

anéantissant à cet homme d’innovations

métallurgiques, tout projet conséquent en

son Siècle d’une France des Lumières,

d’inventions en tous genres et

d’idées nouvelles...

Né à Lyon en 1732, Gabriel Jars sera victime

d’une insolation à l’age de 37 ans, au mois

d’août de l’An de grâce 1769, à Saint-Arcons

près de Langeac, département

de la Haute-Loire.

 

            La disparition de Gabriel Jars, dans les Monts d’Auvergne d’un «coup de soleil» ne tient qu’à l’ironie du sort, pour ce haut serviteur du Royaume de France. Jusque là ses offices... l’avaient fait voyager aventureusement pour de longues et lointaines missions dans la profonde Europe, jusqu’en services spéciaux dans la Grande-Ile. Gabriel Jars était alors officiellement investi pour des affermissements métallurgiques d’une France, largement en retard, devancée par l’Angleterre et l’Allemagne.

 

            Les longues et lointaines villégiatures de Gabriel Jars, n’avaient rien de ses «voyages de l’ouverture sur l’étranger», aux nombres de ses contemporains voyageurs-naturalistes du XVIIIème siècle. Il était très impliqué dans la maison du Roi, figurant parmi les dignitaires personnages formant une collégialité d’Architectes, d’Ingénieurs, d’Inventeurs, d’Enquêteurs à l’étranger. Les missions de Gabriel Jars s’appliquaient à un domaine particulièrement primordial : les progrès industrielles et métallurgiques du Royaume. En témoignent ses carnets de voyages, dont un remarquable mémoire se rapportant à la Fonte de l’Antimoine d’Auvergne, publié peu après sa disparition, par son frère aîné.

 

            Avant que la destinée de Gabriel Jars ne s'achève singulièrement dans le Haut-Allier du Pays Langeadois, le «grand tour» devait le conduire en Hollande, pays expérimentant depuis près de deux siècles, sa révolution agricole. Dans cette nation de neutralité pendant la fameuse guerre de Sept-Ans, Gabriel Jars s’était notamment instruit, dans l’Art de parfaire la cuisson de briques et tuiles. En Prusse, on lui fit allégeance des secrets du calcul des alliages pour la fabrication des Monnaies. En Bohême, il s’intéressa à la fabrication par étamage du fer-Blanc, alors que la forte corporation des ferblantiers parisiens, ne parvenait qu’à produire des objets en fer poli de bien moindre qualité. Ce nouveau procédé, d’un étamage argenté des ustensiles d’usage domestique procurait aussi une avantageuse protection des fusils contre la rouille, et nombreux et variés articles de serrurerie, et de commerces des quincailleries. Pour l’une des plus prestigieuses enseignes du genre au XVIIIème siècle : la «Clincaillerie Angloise et Françoise» rue de Valois à Paris.

 

            Minéralurgiste breveté du Roi, Gabriel Jars sera souverainement reçu par les plus hauts dignitaires de Suède, nation dès lors à la première place dans l’exportation de produits semi-ouvrés, fonte et fer brut. Qu’elle fut la subtile compromission diplomatique, de cette suprême entrevue notamment avec le Roi de ce pays Nordique. En se replaçant dans l’histoire de l’Europe du XVIIIème siècle, il persistait un fragile équilibre de cette région de la Baltique, le Danemark, l’allié du puissant Royaume-Uni, vigilant à protéger ses routes impériales, afin d’en assurer ses dominances commerciales et maritimes. Ou bien, une forme de reconnaissance à Louis XV, dit le Bien Aimé (1710-1774) après avoir permis à Frédéric II, de prendre possession de la Silésie. La France, on ne peut pas mieux dire, avait travaillé «pour le Roi de Prusse» puisque Frédéric II, finissant par un retournement d’alliance avec l’Angleterre, prenait le parti de commencer la guerre.

 

            Outre-manche, le messager Gabriel Jars avait su captiver l’Art de la fonte des canons Anglais, au moment où le Roi de France envisageait plus que jamais le débarquement, sur les côtes Anglaises. Le Ministre de la Guerre et des Affaires Etrangères n’était autre que l’illustre Duc de Choiseul, éclatant protagoniste de grande croissance en affaire, en commençant par le fameux trafic de canons Anglais. On le savait capable de grandes étourderies, ces méthodes seront finalement, nous le verrons, d’une stratégie salutaire pour le Royaume de France.

 

Inventeur d’un four

 

            Dans la course à l’innovation des techniques, du savoir de l’Encyclopédie, des connaissances plus générales et des progrès du XVIIIème siècle, l’inventivité et les adroites missions de Gabriel Jars dérangeaient elles le corpus... d’innovateurs Britannique ? La France n’avait, jusque là, montré véritablement aucune ambition métallurgique attractif. Dès sa vingt-troisième année, le jeune Jars est l’inventeur d’un four, des plus avantageux en combustible pour la fonte du minerai de cuivre, qu’il réalisa à Chessy près de Lyon. A une époque où les créateurs étaient déjà contraints à un serment, reconnaître la pleine responsabilité de leurs inventions. Mais autant l’accueil des innovations se trouvait soumise à une cérémonie de preuves rigoureuses, qui requière la présence de savants et de témoins, des yeux dignes de foi, selon la formule d’alors. Enfin les créateurs devaient produire une justification d’utilité à leur imagination et l’obligation d’une communication détaillée avec croquis. Gabriel Jars s’accomplira de cette formalité, en remettant une copie de son fourneau à réverbère, au Parlement des Savants, (Académie des Sciences) une institution pouvant par la même, lui garantir ses droits d’inventeur.

 

            Gabriel Jars bénéficiait de l’appui de Daniel Charles Trudaine de Montigny, Intendant des Finances, initiateur d’une caisse de soutien à la faveur des inventeurs. Le jeune Gabriel... s’en trouvait-il directement bénéficiaire, et, éventuellement jalousé ? A cette déférence, dans l’apologie à l’encouragement des techniques, il y avait également un Grand Prix... au bon plaisir du Roi. On pouvait aussi compter en récompense d’inventions, un «sacrement» avec primes, médailles d’Or et d’Argent. Attribution placée sous l’égide d’un ecclésiastique, l’abbé Nicolas Baudeau, adepte de la physiocratie, autrement dit d’une conception moderne de l’économie, patronnant la prestigieuse Société Libre d’Emulation. Un généreux consortium, se voulant libre, indépendant à l’égard du pouvoir Monarchique, cependant d’une philanthropie patronnée par de grands seigneurs, et des hommes de loi. En quelque chose de ressemblant à la Society Of Arts, de Londres fondée en 1753, ce qui est tout à fait révélateur de l’enthousiasme d’alors, pour le modèle Anglais, en bien des domaines par ailleurs que nous verrons.

 

            La Society Of Art exerçait, entre autre, une bienveillance à l’encouragement des Ecoles formulées du... Dimanche, pour porter le savoir au pauvre à moindre coût. Elle comprenait parmi ses membres le célèbre John Wilkinson, grand-Maître des Forges Anglaises. L’Académicien Français, Henri Louis Duhamel du Monceau en était membre. Concernant l’éventuelle participation de son contemporain Gabriel Jars, la réponse reste posée. La Society Of Arts, bien que d’une multiplicité dans ses capacités institutionnelles à l’égard de l’invention, n’était pas directement liée aux affaires de l’Etat, ce qui aurait pu laisser sous-entendre une spéculation d’affairismes... surtout que cette société alliait novation et capitalisme. A cela, Diderot, par le biais de ses Encyclopédies, prônait une rationalisation de l’invention, alors que la métallurgie connaissait déjà une activité capitaliste intense. Grâce à cela, la société financière tissait des liens avec les inventeurs. Autant les inventeurs Français présentaient une providence pour les entrepreneurs, autant ses derniers devaient aussi tenir compte du pouvoir exercé par le Bureau du Commerce, riche en préoccupations réformatrices, à l’égard de l’individualisme et de la multiplicité des petites entreprises. L’Angleterre s’était déjà organisée en compagnies importantes ; en France, on avait seulement commencé la création du Comité des Forges... au devenir de sa puissance légendaire.

 

            Le Régime du Royaume de France prenait, des mesures financières à l’essor des fabriques les plus indispensables au pays. Ainsi le jeune Minéralurgiste Gabriel Jars était davantage versé dans sa spécialité du traitement mécanique et métallurgique des minerais, concassage, lavage, puis une suite d’opération en fonderie. Ses dispositions techniques répondaient au fait de pouvoir prétendre une aide de la Cour des Comptes, pour la création d’une éventuelle installation métallurgique d’acier innovant. Une pareille faveur d’une patente de Manufacture Royale pouvait aussi, dans la société économique du grand siècle, lui procurait l’honorable titre de Bourgeois Gentilhomme. Dans cette compétitivité d’innovateur, il y avait aussi «l’intronisation» d’audacieux concurrents étrangers, débauchaient par le Royaume de France. Le fameux métallurgiste Michael Alcock, originaire de Birmingham, s’installera, dès 1756, à la Charité sur Loire. John Kay put même bénéficier en France, des atouts d’une structure administrative, ancrée sur les manufactures avant-gardistes, afin de diffuser des métiers à tisser. Clark Shaw et Cie fondera pour sa part une Manufacture de faïence à l’Anglaise à Montereau, animée d une petite colonie de dix-sept ouvriers, tous Anglais. Cet appel aux techniciens étrangers, n’était pas sans conséquence d’humeurs... nationalistes, mais ceci est un autre débat.

 

Maître de Forge

 

            Nous le verrons, par son esprit inventif, son imagination et sa pertinence pour des essais en métallurgie, Gabriel Jars avait ainsi toutes les aptitudes au devenir de Maître de Forge. Peu de temps avant sa mort, en janvier puis mars de cette année 1769, il réussissait aux mines de son père, de Sain-Bel près de Lyon, puis à Hayange, chez le grand Maître de Forge, Ignace de Wendel, la fonte de divers minerais au coke, tandis que de 1750 à 1776 seulement trois inventions avaient concerné l’usage du charbon de terre. Il est aussi vrai que l'utilisation du charbon fossile faisait l’objet de préjugés tenaces. Toutefois par l'utilisation du coke métallurgique, le Royaume de France devenait désormais un concurrent dans la compétition d’une production de fer de qualités supérieures.

 

            Situons-nous à propos, dès lors, plus en avant dans la société du XVIIIème siècle, une division du temps, compris dans la courte vie de Gabriel Jars (1732-1769). Sa majesté Louis XV se trouvait nanti d’un puissant et sournois «Service Secret» dont ne peut pertinemment aborder le fameux cabinet noir et ses serpents... sans faire resurgir l’un de ses principaux instigateurs, le fort habile Comte De Broglie. En outre, pendant le séjour de Gabriel Jars, dans le pays de la langue du premier des poètes dramatiques anglais le plus connu de son temps pour être l’auteur de Roméo et Juliette et d’Hamlet séjournait le mystérieux Chevalier d’Eon, s’accomplissant à Londres, en marchand de canons, avec le zèle que l’on lui sait. Le grand Voltaire devait aussi entre temps, résider à London City, en exilé, du moins avec une bien curieuse complaisance de la gente dirigeante du Royaume de France. Quoique le Roi Voltaire, qui bénéficiait des tolérances religieuses et de paroles de cette nation Outre-Manche, était un homme précieux pour ses relations extra diplomatiques, ne serait-ce déjà qu’avec ses rapports assidus, bien que assez ambigus, avec Catherine II de Russie.

 

            Pour un dernier rajout de situation intrigante, au moment de la disparition de Gabriel Jars dans le Langeadois, des sujets britanniques entretenaient des agitations dans les contrées du futur département de la Haute-Loire, avec pour mission de déstabiliser le souffle prérévolutionnaire naissant. La «terreur» ne serait elle pas, avant tout, une importation anglaise. Dans ce climat de frayeur..., les exploitants de mines d’Antimoine du pays Brivadois se comportaient en «Barons-Fossiers» et voyaient d’un mauvais oeil l’arrivée d’Inspecteurs des Mines, tels que Gabriel Jars alors effectivement missionné en Haute-loire. De surcroît à la même période, des fondeurs d’Antimoine de la région de Brioude frappaient de faux Ecus d’Argent. Quand aux imprimeurs de Paris, ils se plaignaient au Roi, de livraisons irrégulières du régule d’Antimoine d’Auvergne, les proposés de la douane du port de Vichy occasionnaient des retards, défonçant les caisses, sous prétexte de fraude. En réalité, il y avait de leur part encanaillement en surtaxant les droits de franchissements des frontières provinciales. Une invraisemblable époque, c’était en Angleterre que s’effectuait l’affinage de l’Antimoine Auvergnat. Le change en était quoi ? Lorsqu’on sait que l’Antimoine en alliage avec le Plomb convenait à la fabrication des boulets de canons, d’autant plus, ceci dans un climat des coutumières menaces de guerres Franco-Anglaises. Enfin pour une petite appréciation de stratégie d’ordre militaire, les conflits du XVIIIème siècle se prévalaient déjà d’une compétence technique, et non plus purement de l’héroïsme.

 

            À présent pour justifier ce long préambule sur Gabriel Jars, la méthode peut s’avérer productive dans la mesure d’une meilleure approche du personnage en concordance à son époque de vie. Produisant certes, une note d’un plan en deux parties, au risque d’une redite... Les introductions même longues sont parfois nécessaires, toutefois que le texte ne soit pas trop décousu par la suite. Pour avoir dès maintenant fait allusion à son époque de vie, attendons-nous, en plus, de découvrir une intrigue du personnage, à savoir son visage en partie dissimulé par un loup... Soit un masque de velours ou de satin noir, étrangement semblable à ceux que portaient autrefois les Dames lorsqu’elles sortaient... Ajoutons à l’achèvement de son malheureux destin, sa mort fut par ailleurs providentielle pour Antoine Laurent De Lavoisier et Antoine Grimoald Monnet. D’abord, le grand chimiste des Lumières avait été admis en 1768 à l’Académie Royale des Sciences, en même temps que Gabriel Jars, en récompense de l’un et l’autre des services rendus à l’Etat. Ainsi, ils étaient tous deux contraints de partager le même fauteuil, Louis XV n’étant pas parvenue à les départager. Quant à Monnet, il sera autant en compétition avec Gabriel Jars dès 1766, pour entrer à L’institut de France, avec comme proposition, un procédé de fonte du cuivre dans un four à réverbère. Ce qui devait à propos faire dire à Gabriel Jars «il faut bien connaître un art quelconque, avant que de songer à y faire des réformes».Pour sa part, Monnet disposait de bienveillances de Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, Ministre d’Etat, et premier président de la Cour des comptes.

 

Guy PEGERE

 

Membre de la Société Géologique de France

 

Pour voir le texte intégral cliquer sur le lien à gauche : "Mort d'un Emissaire du Roi Gabriel JARS Inspecteur Général des Mines en 1769"

 



blogues de l'Auteurs :

 

http://guy-pegere-expression-geologique-et-mineralogique-auvergne.blog4ever.com/

http://guy-pegere-selection-micromineraux-auvergne.blog4ever.com/

http://volcans-auvergne-exposition-guettard-1752-vesuve-guy-pegere.blog4ever.com/

http://guy-pegere-mine-arsenic-de-bosberty-63-revolution-industrielle.blog4ever.com/

 

http://guy-pegere-glaciation-quaternaire-auvergne-moraine-climat.blog4ever.com/

 

 

http://guy-pegere-trou-de-l-enfer-mine-d-auliac-valjouze.blog4ever.com/

 

http://guy-pegere-gite-antimoine-district-brioude-massiac.blog4ever.com/

 

http://guy-pegere-cuesta-tropicale-beaumont-bournoncle-saint-pierre-43.blog4ever.com/

 

http://guy-pegere-source-merveilleuse-gallo-romaine-et-benedictin-43.blog4ever.com/